L’évolution du circuit de Silverstone à travers les âges

Pour comprendre pourquoi Silverstone occupe une place à part dans le calendrier, il faut connaître son histoire. À l’heure où la place de beaucoup de circuits historiques est remise en question, retour sur la trajectoire peu commune de Silverstone et le Grand Prix de Grande-Bretagne qui, malgré les menaces de disparitions récurrentes, a toujours tenu tête haute avant de s’imposer comme un incontournable du calendrier.

L'évolution du circuit de Silverstone et le nom des différents virages.
Les évolutions de Silverstone et le nom des différents virages (©Tom McKay / Wikipédia)

La genèse de Silverstone

Par son histoire, Silverstone est un circuit atypique. Il fait partie de ces tracés toujours au calendrier qui existaient avant même la création du Championnat du monde de Formule 1, en 1950. Et pourtant, par rapport à Spa, Monaco ou Monza, le circuit de Silverstone était un jeunot. Sa première course eut lieu en 1948. Les organisateurs avaient utilisé la piste de l’aéroport de la Royal Air Force Britannique, utilisé et construit quelques années plus tôt (en 1943) pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, il devient désaffecté et récupéré par le Royal Automobile Club Britannique.

La première piste est d’ailleurs folklorique, puisque la longue piste de décollage est coupée en deux par de simples bottes de foin pour en faire deux épingles. Un tout-droit suffisait pour se retrouver sur l’autre partie du circuit. Finalement, c’est Luigi Villoresi sur Maserati (et non Louis Chiron comme l’indique la vidéo) qui remporte cette course. Devant le succès populaire de l’épreuve où s’amassent de nombreux spectateurs, le circuit est choisi pour accueillir la première manche du Championnat du monde.

Le circuit de la vitesse

Mais devant le risque de collision évident, les pistes de lancement ne sont plus utilisées. Le tracé est modifié et devient alors très rapide. On note la présence d’un début d’enchaînement des virages Maggots, Becketts et Chapel. Déjà présent en 1948, le virage de Copse, qui voit la collision entre Hamilton et Verstappen en 2021, est de retour. Le tracé ne va alors plus changer jusqu’en 1975. Seule une voie des stands plus conséquente est aménagée pour 1952, avant Copse.

Durant cette période, Ascari et Stewart s’y imposent deux fois, mais le record est pour l’Écossais Jim Clark avec trois succès. À noter que dans les années 1960, le circuit est en alternance avec celui de Brand Hatch, proche de Londres. Les pilotes aiment ce tracé grâce aux grandes vitesses que l’on retrouve dans les virages. Déjà à l’époque, il était aussi très vicieux pour les pneumatiques. La popularité du sport automobile au Royaume-Uni, mêlée au succès des pilotes comme Hawthorn, Moss, Clark et Stewart, amène énormément de monde autour de la piste. Chaque année, près de 100 000 spectateurs s’amassent dans les « tribunes ». Enfin, l’imprévisible météo renforce le caractère mythique de cette course.

Jackie Stewart à Silverstone, sur sa Matra, lors du Grand Prix de Grande-Bretagne 1969.
L’anglais Jackie Stewart sur Matra en 1969 à Silverstone (©Motorsport Image)

En 1973, Silverstone connaît un tournant dans son histoire. À l’issue du premier tour, Jody Scheckter tape le rail, revient au milieu de la piste et, aveuglé par le virage rapide de Woodcote, il est percuté par Mike Hailwood. Derrière, c’est le carambolage. Neuf pilotes doivent abandonner, dont l’Italien Andrea de Adamich qui doit être transporté à l’hôpital. Devant la dangerosité de ce virage pris à très haute vitesse, mêlé aux dégagements très faibles des murets des stands, les organisateurs décident d’ajouter une chicane à l’entrée de Woodcote. C’est le premier des nombreux aménagements qui transformeront le visage de Silverstone.

Silverstone change de tête

La F1 traverse une période de doutes, et la sécurité devient un sujet primordial au sein du paddock. Comme de nombreux autres circuits, Silverstone entreprend des améliorations pour sa sûreté à la fin des années 1970, parallèlement à la chicane de Woodcote, même s’il fait partie des tracés les moins meurtriers avec des dégagements plus importants que le Nürburgring ou son voisin Brands Hatch. Cette chicane n’est pas appréciée de tous car elle ralentit les pilotes, mais cela n’enlève rien à la popularité du circuit. En 1979, c’est à Silverstone que Williams décroche sa première victoire, ce qui contribue davantage à la légende de ce circuit.

Cependant, il reste encore en concurrence avec Brands Hatch une année sur deux. À la fin des années 1980, tout change. Jacques Laffite se crashe violemment au premier virage à Brand Hatch et doit mettre fin à sa carrière. En même temps, Silverstone entreprend d’importants travaux et réduit encore la vitesse à Woodcote en imposant une grosse épingle. Les pilotes apprécient, de même que les spectateurs qui voient des infrastructures plus modernes être bâties. Silverstone signe alors un contrat de cinq ans et devient le seul tracé à accueillir le Grand Prix de Grande-Bretagne. Mais il reste encore menacé, notamment car Bernie Ecclestone ne l’apprécie pas trop. Une raison peut expliquer cela : la loi anti-tabac qui empêche les sponsors de venir en Angleterre, et donc d’emmener de gros sous.

La Mansell mania

Sauf que Nigel Mansell, seul Anglais à se battre véritablement pour le titre, attire énormément de fans dans les tribunes. Au point que les gradins sont pleins et les bouchons nombreux. Et pour cause : voilà bien longtemps qu’un Anglais n’avait pas remporté un Championnat du monde. Le dernier remonte à James Hunt en 1976, mais tout peut changer en 1991 quand Mansell lutte contre Senna. Pour cette édition-là, le circuit est largement revu pour ralentir à nouveau les voitures. Le passage Maggots, Becketts et Chapel voit l’arrivée d’un nouveau « S » avant l’entrée de la courbe. Le virage Club (le dernier avant la ligne droite des stands d’aujourd’hui) est ralenti par une chicane en amont. Avant d’arriver à Woodcote, un passage est ajouté pour permettre aux spectateurs de profiter des Formule 1 à basse vitesse.

C’est donc cette année-là que choisi Mansell pour remporter sa première victoire à Silverstone, et offrira en passant l’image mythique de l’Anglais qui ramène Senna en stop. Les fans hurlent leur joie, mais c’est en 1992 que la liesse est sans précédent. Alors que la Williams et son pilote surclassent le Championnat du monde, voilà l’Anglais qui s’impose sur une voiture anglaise, sur un tracé anglais. Les 200.000 fans explosent de joie, cassent une barrière et envahissent la piste. Alors que Mansell parade avec le Union Jack, les spectateurs obligent l’Anglais à s’arrêter. Il faut l’intervention des commissaires et des forces de l’ordre pour que Mansell puisse sortir de sa voiture et rejoindre le podium dans une ambiance que Silverstone n’avait encore jamais connue.

« C’était réellement incroyable. Pour moi, ce fut une drôle d’expérience de me retrouver juché sur les épaules de tous ces gens que je ne connaissais pas. »

Nigel Mansell, après sa victoire à Silverstone en 1992.

Silverstone aujourd’hui

Dans les années 1990, plusieurs petits ajustements sont installés sur le tracé : la ligne droite d’Abbey, le passage à Brooklands, le virage de Stowe… Jusqu’à connaître une forme plus stable à partir de 1997. Sauf que les stands sont jugés trop petits. Un nouveau paddock est alors construit avant Abbey dans le but d’accueillir les trois nouvelles équipes qui sont prévues pour 2010. Si la nouvelle portion est inaugurée cette saison-là, les stands et la nouvelle grille n’arrivent que l’année suivante, avec son « S » intéressant au départ, sa longue ligne droite et son gros freinage avant Brookland avant de revenir sur la partie bien connue.

Sur la piste, le circuit a connu quelques moments marquants comme en 2003, où un spectateur s’incruste sur la piste, provoquant alors une voiture de sécurité et le bouleversement de la course, ou en 2008 avec la démonstration de Lewis Hamilton sous la pluie devant son public. En 2013, les pneus crèvent les uns après les autres, tout comme en 2017 et 2020. Il est devenu le tracé où les gommes sont les plus fragiles, le rendant encore plus populaire, sans oublier la lutte (trop ?) intense entre Hamilton et Verstappen l’an passé. C’était déjà le circuit qui avait accueilli le plus de public en cumulé entre 2006 et 2015. Depuis, il se dispute la première place sur la fréquentation annuelle avec le GP du Mexique et des États-Unis. Chaque année, Silverstone accueille encore autour de 350.000 spectateurs, les succès d’Hamilton aidant encore davantage à garnir les sièges.

Ces chiffres traduisent bien l’histoire générale du circuit : régulièrement menacé à cause de sa sécurité, son manque financier et la concurrence des autres tracés, sa popularité continue dans les tribunes fait de Silverstone un incontournable du calendrier. Et à l’heure où sa présence à partir de 2024 (date de l’expiration de son contrat) est toujours menacée, la venue en nombre du public anglais devrait encore prouver tout le week-end que sa place est méritée, et peut-être même indéboulonnable.

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