La manche britannique disputée le weekend dernier sur le circuit de Silverstone marquait le cap de la mi-saison en Formule 2. Après seulement quatre meetings et un total de 12 courses, quel premier bilan peut être établi en 2021 ?
Un quintet pour le titre ?
108, 103, 91, 89, 85 : voici les points respectifs d’Oscar Piastri, Guanyu Zhou, Robert Shwartzman, Dan Ticktum et Jüri Vips, les cinq leaders du championnat F2 cette saison, avec un petit matelas de 20 points d’avance sur le reste du paquet. Des noms que l’on attendait (à l’instar des deux pilotes Prema), ainsi que du protégé chinois de la Renault Academy. Ce dernier (qui participe déjà à sa troisième saison dans l’antichambre de la Formule 1) a d’ailleurs réalisé un excellent début d’exercice, et compte déjà trois victoires, plus que tout autre pilote de la grille. Après deux victoires sur les quatre premières courses, il a cependant connu un réel trou d’air long de quatre courses, où il n’a pas scoré le moindre point, ayant eu pour conséquence la réduction de son avance au championnat, avant de voir le rookie Piastri lui passer devant. Il a finalement stoppé l’hémorragie lors de la course longue du week-end passé, de bon augure avant la seconde partie de saison.
Cette année doit d’ailleurs être celle de la confirmation pour Zhou. Du haut de ses 21 ans et pour sa troisième saison, il s’agit peut-être de sa dernière chance d’être champion, et donc de monter vers l’échelon supérieur, dont il a eu un avant goût lors des EL1 du Grand Prix d’Autriche. Souvent challengé par Callum Ilott la saison dernière (lors de laquelle il avait terminé sixième du championnat), Zhou a cette fois-ci bien pris le pas sur Felipe Drugovich, son coéquipier, actuel septième au classement. Sans problèmes de fiabilité, le deuxième pilote le plus expérimenté de la grille devrait bien être une grande menace en vue du titre. Avec Zhou, Piastri, Lundgaard ou encore Martins, Alpine voit se profiler un bel embouteillage du côté de ses jeunes loups, sans pour autant avoir de baquet disponible en F1 à l’heure actuelle. Mia Sharizman, directeur de l’académie, révèle ainsi que l’objectif est que ces jeunes pousses puissent faire leurs débuts en F1 « avec Alpine ou avec une autre écurie en chemin ».
Les deux pilotes Prema, quant à eux, ont moins gagné que le dauphin du championnat : Oscar Piastri et Robert Shwartzman ne comptent « que » trois succès cumulés. On savait le champion de F3 en titre très fort, mais peut-être pas à ce point là, lui qui met à mal son coéquipier plus expérimenté. L’Australien, soutenu par son compatriote Mark Webber, reste sur deux titres consécutifs en Formule Renault Eurocup et en FIA F3. Il est actuellement premier du championnat en tant que débutant dans la catégorie, avec une régularité presque sans faille (dix arrivées dans les points sur douze possibles). Point noir de sa saison F3 (toute proportion gardée), Piastri a même progressé en qualifications, partant une fois de la pole et deux fois depuis la troisième place de la grille cette année. Il ne lui manque donc plus que le titre : il répéterait ainsi la performance de Charles Leclerc ou George Russell, sacrés lors de leur première saison en F2 et promis à un très bel avenir en F1.
Son coéquipier était l’immense favori annoncé : il terminait quatrième au terme de l’exercice 2020, et était victorieux à quatre reprises (soit plus que tout autre pilote). Sans Mick Schumacher avec qui s’accrocher, le Russe pouvait potentiellement dérouler comme il avait pu le faire lors des quelques premières courses l’année dernière. Malheureusement pour lui, cela ne s’est pas passé comme prévu : un début de saison poussif et marqué par la malchance compromettait ses meetings. Déjà plutôt irrégulier lors de son année de rookie, ce mauvais côté du pilote russe est ressorti en ce début de saison. En quête d’un baquet chez Alfa Romeo pour 2022, le sophomore s’est finalement repris, remportant notamment les deux courses sprint à Bakou puis à Silverstone, à la suite d’un superbe départ et d’une jolie maitrise de course tout au long du Grand Prix. Au total, il est monté sur la boîte à trois reprises, soit deux de moins que Piastri. La route est encore longue, et étant à moins de vingt points du leader, le titre est tout à fait jouable.
En embuscade en vue du Graal, nous retrouvons deux invités de marque : Dan Ticktum et Jüri Vips. Le pilote Carlin, surement le plus polarisant du plateau, surprend encore et encore. L’Anglais très loin d’être décroché puisqu’il ne se trouve qu’à deux petits points de Robert Shwartzman. Le membre de la filière Williams est davantage régulier par rapport à la saison dernière, notamment en qualifications, ce qui peut partiellement expliquer sa bonne position au championnat. Ses deux quatrième et cinquième places lors de cet exercice lui permettent de toujours commencer les meetings du bon pied, ce qui favorise les arrivées dans les points – ce qu’il a fait dix fois cette saison – surtout avec un tel format où la position acquise le vendredi soir est aussi importante. Ces dix arrivées sont d’ailleurs complétées par cinq podiums. Malgré quelques piqûres de rappel sur son tempérament sulfureux (son agressivité en Azerbaïdjan est involontairement à l’origine de la blessure de Théo Pourchaire), le Britannique n’a jamais semblé si rapide depuis le début de sa carrière. Ses nombreuses remontées depuis le début de la saison font briller son CV.
Avec AlphaTauri dans un coin de la tête, l’Estonien Jüri Vips compte deux victoires cette saison, agrémentées de deux autres podiums, à Monaco puis Silverstone. Appelé chez Dams en cours de saison 2020, le membre de la Red Bull Junior Academy confirme cette saison avec Hitech, aux côtés de son coéquipier Liam Lawson. Très attendu après des débuts tonitruants en catégories jeunes, Vips avait vécu un petit temps de latence au niveau européen, partant faire ses gammes au Japon en Super Formula. Sa première saison complète dans l’antichambre de la F1 se conclue actuellement par une cinquième place à la mi-saison, avec neuf arrivées consécutives dans les points qui faisaient suite à trois résultats blancs à Sakhir. À l’instar de Ticktum, on ne le voyait pas devant des pilotes comme Felipe Drugovich, Jehan Daruvala ou Christian Lundgaard à mi-saison, surtout au volant d’une Hitech souvent inconstante. Mais le début de saison timide de Yuki Tsunoda en F1 a peut-être éveillé la jeune pousse d’Helmut Marko…
Les bonnes surprises
Les rookies venus de la Formule 3 ont montré un beau visage en cette première moitié de saison. Outre le cas Piastri, Théo Pourchaire, Richard Verschoor et Liam Lawson ont épaté de par leurs performances, plus ou moins attendues, surtout du côté du Néerlandais. Le pilote MP est d’ailleurs l’une des révélations de la saison, alors qu’il ne dispose que d’un contrat à la course, faute de moyens et de sponsors pour lui garantir un baquet sur le long terme. Vainqueur à Macao (tout comme Dan Ticktum en F3), le rookie au casque noir a aussi gagné cette année en F2, lors de la deuxième course de Silverstone, alors qu’il sort d’une solide saison dernière, déjà avec la petite écurie néerlandaise. Il a réalisé deux quatrièmes places en course longue (Bahreïn et Silverstone), ainsi que trois autres arrivées dans les points pour une belle dixième place au championnat avec 50 points au compteur, juste derrière les deux jeunes de chez Red Bull, Daruvala et Lawson.
Ce dernier réalise lui aussi une belle saison de rookie. Une victoire acquise lors de la première course de la saison à Sakhir, pour son tout premier départ en F2, était déjà impressionnant. Le lendemain, il signait une troisième place dans la course principale. Malheureusement, une trop grande inconstance ne lui permettra pas de se hisser au niveau de son coéquipier Vips (cinq résultats blancs contre trois pour l’Estonien), malgré une pointe de vitesse souvent équivalente.
Un homme qui a une pointe de vitesse avec peu d’équivalents, c’est bien Théo Pourchaire. Le bac et une blessure au bras n’auront pas pu stopper le rookie de chez ART, né en 2003. Unique vainqueur d’une course longue parmi ces trois pilotes (ayant fait de lui le plus jeune vainqueur de l’histoire de la F2, à Monaco s’il vous plaît), le Français est sixième du championnat avec 65 points. Trois petites arrivées hors des points (dont deux à Bakou) et plus du double de points au championnat vis-à-vis de son équipier Christian Lundgaard : le Grassois détonne. En qualifications, le vice-champion de FIA F3 est là aussi performant : il termine trois fois dans le top 5, dont une pole sur le Rocher.
Seul bémol si l’on veut être tatillon : une absence de podium si l’on omet sa victoire en Principauté, qui aurait pu lui permettre de viser un très hypothétique titre. Après sa victoire, ses résultats ont décliné, Pourchaire n’ayant marqué que 18 points sur les six dernières courses, alors qu’il en avait scoré 43 sur les six premières. Toutefois, cette « méforme » s’explique par sa blessure au poignet, à Bakou : le simple fait d’être présent à Silverstone était déjà un exploit, et témoigne de la persévérance du jeune homme. Aujourd’hui, il semble un peu trop loin du groupe de tête. Mais personne n’est à l’abri de quelques coups d’éclat qui pourraient le faire davantage encore progresser au classement. Avec 43 points de retard sur le leader Oscar Piastri et 260 unités restantes à distribuer, le protégé de la Sauber Academy ne peut être entièrement exclu de la course au titre. S’il arrive à prendre le bon wagon en cette deuxième partie de saison, nul doute que son nom sera mentionné pour un siège en F1 pour 2022. Mais une telle promotion pourrait être très précoce, lui qui n’a pas encore 18 ans : manquer le titre en 2021 serait loin d’être catastrophique, et permettrait de mieux préparer l’année à venir, toujours en F2.
Les déceptions
Un temps parti pour remplacer Daniel Ricciardo chez Renault en F1, Christian Lundgaard sortait d’une belle saison de rookie et se devait de confirmer cette année, surtout face à un nouveau coéquipier qui semble réussir à peu près tout ce qu’il entreprend. Il était annoncé comme un clair prétendant au titre… et c’est raté. Douzième du championnat à la moitié du parcours avec 28 points (soit moins que Ralph Boschung sur sa modeste Campos), la saison du danois est catastrophique. Inconsistante même, car le sophomore a réalisé deux podiums en course sprint (Bahreïn et Grande Bretagne), mais au-delà, c’est un trou noir : deux autres petites arrivées dans les points et huit résultats synonymes de zéro pointé. La comparaison avec Théo Pourchaire fait mal, très mal, sachant que le principal intéressé avoue lui même que 2021 est sa dernière chance de monter en grade. Bien sûr, le Danois n’est pas devenu « mauvais » du jour au lendemain : la chance lui tourne clairement le dos cette année, avec une fiabilité capricieuse et des arrêts au stand cauchemardesques. Mais dans une académie où les places valent de l’or, l’avenir de Lundgaard s’écrira probablement loin de la F1.
Du côté des destins bloqués dans les académies bondées, on retrouve Marcus Armstrong. Déjà décevant au terme de la saison dernière (le vice-champion de FIA F3 se classait seulement treizième), le Néo-Zélandais récidive cette année, cette fois-ci avec les couleurs de l’autre écurie française, DAMS. Avec Roy Nissany comme coéquipier, la situation a de quoi faire froid dans le dos. Même s’il a le double de point de son collègue de garage, Armstrong est en galère. Trois arrivées dans les points et puis c’est tout, les abandons s’empilant au fur et à mesure que les courses passent. Il va falloir se reprendre et vite, avant que le train ne soit définitivement passé. À ce rythme la (actuellement quatorzième au championnat), pas sûr que le cheval cabré ait l’envie de lui fournir un baquet pour la saison prochaine, après deux exercices totalement ratés. La saison dernière était excusable si l’on utilise le très pratique poncif « une première saison pour apprendre, la seconde pour performer ». Il est donc grand temps de le faire pour celui qui avait poussé Robert Shwartzman dans ses derniers retranchements en 2019. Car pour l’heure, Armstrong n’a rien d’un pilote du calibre de la F1.
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