Lee Wallard, le pilote le plus victorieux en F1 !

Son nom ne vous dit probablement rien. Pourtant, Lee Wallard possède une statistique assez folle : il compte une victoire pour seulement deux Grands Prix disputés ! Explications.

Lee Wallard pose avec son équipé, au volant de la monoplace qui lui a fait remporter les 500 Miles d'Indianapolis 1951.
Lee Wallard a remporté 50% des courses de F1 auxquelles il a participé : un record ! (©DR)

Quand on pense au pilote le plus victorieux de l’histoire de la Formule 1, Lewis Hamilton est le premier nom qui arrive en tête. Ex-aequo avec Michael Schumacher en nombre de titres (sept), le Britannique possède une longueur d’avance du côté des victoires, avec 103. Il est d’ailleurs le seul à avoir franchi ce palier des 100 succès en F1, atteint au Grand Prix de Russie 2021.

Si l’on se pose la question du pilote à la carrière la plus fructueuse en F1 en termes de pourcentage de victoires, les réponses peuvent être différentes. Schumacher, avec 91 succès et à une époque où le calendrier était plus léger ? Ou peut-être faut-il remonter aux débuts de la F1, dès les années 1950, quand Juan Manuel Fangio enchaînait les victoires à une période où une saison comptait moins de 10 Grands Prix officiels ? En fait, il ne s’agit ni de l’un, ni de l’autre.

Bien que Fangio possède un incroyable ratio de 47,06% de victoires en carrière (soit 24 succès pour 51 départs), le pilote ayant le meilleur pourcentage est un parfait inconnu aujourd’hui. L’Américain Lee Wallard, engagé sur trois Grands Prix et qualifié pour seulement deux d’entre eux, s’est imposé sur l’un de ses rares départs, lui octroyant un taux de victoires de 50%. Il s’agit, à ce jour et probablement pour l’éternité, du pourcentage de victoires le plus élevé en F1.

Murrell Belanger, propriétaire d'écurie, pose avec la voiture victorieuse de Lee Wallard aux 500 Miles d'Indianapolis 1951.
Murrell Belanger, propriétaire d’écurie, au volant de la voiture victorieuse de Lee Wallard (©DR)

Mais alors, comment cette anomalie a-t-elle pu avoir lieu ? Pour cela, il faut remonter à la première décennie de la F1. Avec des calendriers très réduits (les premières saisons comptaient entre sept et neuf courses, la première avec plus de 10 manches étant 1958), la discipline se concentre sur son berceau, l’Europe. Mais pour justifier son statut de Championnat du monde, une manche au-delà des frontières du Vieux continent s’avère être nécessaire. Dès lors, les 500 Miles d’Indianapolis, disputés avec une réglementation différente, s’ajoutent au calendrier.

Mais il n’y a pas que les monoplaces qui sont différentes : les participants, qu’il s’agisse des écuries ou des pilotes, n’ont rien à voir avec l’Europe. Encore une spécificité : à part Alberto Ascari (qui s’est essayé à l’Indy 500 de 1952, qu’il finissait pas abandonner), les pilotes américains restaient chez eux, et les Européens ne prenaient pas le risque de tenter l’ovale, à une époque où le sport automobile tuait plusieurs fois par an.

Si nous ouvrons les livres de statistiques de la F1, nous trouvons de très nombreux pilotes américains aux noms parfaitement inconnus qui comptent souvent une seule victoire, ou juste un podium. D’ailleurs, les États-Unis sont le pays ayant eu le plus de représentants en F1, avec 152 pilotes ayant pris le départ d’au moins une course. Le Royaume-Uni, terre d’origine de la F1 et réputé pour ses très nombreux pilotes, en a compté 145. Une statistique bizarre, qui s’explique simplement par le nombre de participants aux 500 Miles des années 1950, qui étaient pratiquement tous américains.

Alexander Rossi pose aux côtés de sa Marussia. Il est le dernier américain à avoir pris le départ d'un Grand Prix de F1, en 2015.
Alexander Rossi est le 152e pilote américain à avoir pris un départ en F1 : un record (©Marussia)

Parmi eux figurait donc notre Lee Wallard. Si son nom ne dit rien à la grande majorité d’entre nous aujourd’hui, Wallard n’était pas n’importe qui. Il était même un véritable spécialiste de l’Indianapolis Motor Speedway ! Il dispute son premier Indy 500 en 1948, deux ans avant la création du Championnat du monde de F1. Qualifié en 28e position, celui qui est né dans l’État de New-York exerce une remontée dingue pour terminer septième, au volant d’une monoplace modeste. L’année suivante, même schéma : qualifié 20e, Wallard remonte jusqu’à prendre la tête de la course (après seulement 55 tours)… avant d’abandonner sur une panne mécanique. Un crève-cœur, mais le talent est bel et bien là.

Wallard s’engage une troisième fois en 1950, alors que l’épreuve compte désormais dans ce nouveau Championnat du monde de Formule 1. Encore une fois, l’exercice des qualifications lui réussit peu : il se retrouve 23e au départ de l’épreuve. Mais encore une fois, l’exercice de la course lui réussit très bien : Wallard se classe sixième, son meilleur résultat à Indianapolis. À l’époque, seuls les cinq premiers marquent des points, et Wallard repart donc bredouille. Mais ses rivaux connaissaient son potentiel et ont raison de se méfier, puisque l’édition 1951 allait réserver un sort différent à notre héros.

Cette fois-ci, Wallard ne se rate pas durant les qualifications et place sa Kurtis-Kraft en deuxième position, grâce à une vitesse moyenne de 217,324 km/h. Loin des 375 km/h de moyenne atteints par Scott Dixon la semaine dernière, mais pour l’époque, les performances sont déjà folles (et follement dangereuses). Quoiqu’il en soit, cette position avantageuse offrait une opportunité inespérée pour Wallard, maître de la gestion des épreuves. L’Américain patiente jusqu’à la mi-course avant de prendre le contrôle de l’épreuve, qu’il ne lâchera plus jusqu’à l’arrivée, imposant son rythme sur le peloton. Avec huit voitures sous le drapeau à damier, il s’agissait d’une épreuve de survie : encore fallait-il être au volant de la première d’entre elles ! L’époque des remontées est terminée : cette fois, Wallard sera resté aux avant-postes pour décrocher un succès qui lui semblait promis, tant le pilote était à l’aise dans l’exercice des ovales.

Les 500 Miles étaient l’une des courses les plus dangereuses de l’époque. Pour s’imposer, un pilote devait mêler talent, maîtrise et courage (©DR)

Mais alors, pourquoi s’en est-il arrêté là, alors que son talent crevait les yeux des observateurs ? Quelques temps après son succès, Wallard est victime d’un grave accident qui le brûle au troisième degrés, l’obligeant à mettre en suspens sa carrière. Il tentera de participer à l’Indy 500 de 1954, mais échouera à se qualifier. La carrière de Wallard fut donc courte, bien trop pour un pilote aussi talentueux. Il mourra dix ans plus tard, en 1963, victime d’une crise cardiaque.

Si l’arrêt brutal de sa carrière fut difficile, Wallard a pu profiter de « l’anomalie des 500 Miles » pour inscrire des statistiques dingues dans l’Histoire de la F1, avec ce fameux record de 50% de victoires qui ne sera sans doute jamais atteint. À titre de comparaison, Lewis Hamilton, qui a dominé la discipline entre 2014 et 2020 comme cela n’avait jamais été fait, ne compte « que » 34,92% de victoires (ce chiffre est amené à baisser, avec une Mercedes W13 encore trop limitée pour jouer aux avant-postes en 2022. Qui sait si ces lignes vieilliront bien ?).

Avec 50% de podiums en F1, Wallard occupe la 11e place de ce classement, cette fois devancé par les grandes légendes de la discipline (68,63% pour Fangio, 62,03% pour Hamilton, 53,27% pour Prost ou bien encore 50,49% pour Schumacher), mais aussi par… George Amick, pilote ayant « profité » de l’Indy 500 pour inscrire également son nom au palmarès. Engagé uniquement pour l’Indy 500 de 1958, Amick s’élançait depuis le 28e rang et terminait 2e, lui octroyant un ratio de 100% de podiums en F1. Une autre époque !

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