Tel père, tel fils : quand la Formule 1 est une histoire de famille

Cette saison, trois pilotes sur la grille suivent les traces de leurs pères, présents en Formule 1 il y a quelques années. Mais connaissez-vous tous ces duos de papas et fistons, qui ont fait de la discipline une affaire de famille ?

Graham Hill à Monaco, un Grand Prix qu'il a totalement dominé.
Graham Hill, quintuple vainqueur à Monaco, n’a pas eu la chance de voir son fils sacré en 1996 (©DR)

Des familles de champions !

Parmi ces duos père – fils, deux sortent clairement du lot. Gagner un Grand Prix est déjà une sacrée performance, réalisée par seulement 111 pilotes dans l’histoire de la discipline. Remporter un titre mondial est encore plus difficile : les Champions du monde de F1 sont au nombre de 34. Alors, quand un père et un fils remportent tous deux une couronne, il s’agit d’un phénomène rarissime !

Deux familles ont réussi cet exploit. Ce sont les Hill qui ont été les premiers à le réaliser, avec les deux titres de Graham obtenus en 1962 et 1968, puis celui de Damon en 1996. Le père s’est d’ailleurs démarqué par son aisance à Monaco (cinq de ses 14 victoires ont eu lieu sur le Rocher !) ainsi que sa polyvalence dans différentes disciplines : il reste, à ce jour, le seul pilote à avoir remporté la Triple Couronne (vainqueur à Monaco, au Mans et à Indianapolis). Pas mal pour quelqu’un qui a passé son permis de conduire à 24 ans !

La deuxième famille est celle des Rosberg. Keke, né à Stockholm mais courant sous licence finlandaise, remporte son titre en 1982, dans une saison rocambolesque qui voit 11 vainqueurs différents. Rosberg réalise d’ailleurs l’exploit de remporter le titre en ne gagnant qu’une seule course ! Et 34 ans plus tard, c’est son fils, Nico, qui décroche le graal avec sa couronne en 2016. Dans les deux cas, les pilotes ont su faire preuve de régularité face à des adversaires immensément talentueux pour atteindre le but ultime d’un pilote de F1.

Nico Rosberg (Williams) et son père Keke (Williams) au volant de leurs voitures championnes à Monaco.
Nico et Keke Rosberg au volant des monoplaces qui leur ont permis de décrocher leurs titres de Champions (©DR)

Une troisième famille aurait pu rejoindre cette liste. Vainqueur du titre en 1997, Jacques Villeneuve faisait sensation pour ce qui n’était que sa deuxième saison en F1. Son père, Gilles, a marqué l’Histoire de la discipline et le cœur des tifosi, le tout après seulement quatre saisons complètes. Son style légendaire lui a permis de décrocher six victoires et le titre honorifique de vice-Champion en 1979. Sans cet accident durant les qualifications du Grand Prix de Belgique 1982 qui lui coûta la vie, la famille Villeneuve aurait sans doute eu plus d’un titre dans son armoire à trophées.

Un prénom qui brille, l’autre un peu moins…

D’autres familles ont inscrit leur nom au palmarès de la F1. Mais pour un fils, la pression est immense lorsque son père a connu une carrière fructueuse, et marcher dans ses pas s’avère parfois être trop compliqué.

Cela était notamment le cas chez les Andretti. Avant de fonder leur écurie en IndyCar (et de rejoindre la F1 dans le futur ?), Mario a décroché le titre de Champion du monde en 1978. Pour son fils, Michael, la route fut plus compliquée. Auteur d’une excellente carrière dans son pays, le fils n’a couru qu’un morceau de saison en 1993 avec McLaren. Dans l’ombre d’Ayrton Senna, Michael n’a pas brillé et est viré après 13 Grands Prix. Un podium viendra tout de même étoffer son passage en F1.

Constat similaire chez les Brabham. On ne présente plus Jack, triple Champion du monde en 1959, 1960 et 1966 (avec sa propre écurie dans ce dernier cas, une sorte de mode « My Team » du jeu de F1 dans la vie réelle). Deux des trois fils de Jack tenteront l’aventure en F1, mais n’auront rien du succès de leur géniteur. David disputera 24 Grands Prix entre 1990 et 1994, et connaîtra 17 abandons. Gary, quant à lui, fera pire. Engagé avec la nouvelle écurie Life, il ne parvient pas à se qualifier lors de ses deux Grands Prix. À Phoenix, il accuse 38 secondes de retard sur le poleman ! L’Australien se retire pour ne pas écorner son image.

Nelsinho Piquet (Renault) avec son père Nelson, triple Champion du monde de Formule 1.
Nelsinho n’aura pas eu la même carrière que son père (©Motorsport Images)

Autre scénario rocambolesque : celui des Piquet. Nelson, personnage connu pour ses sorties remarquées dans les médias et pour son talent inné dans la voiture, décroche trois couronnes mondiales (1981, 1983 et 1987). Son fils, Nelsinho, ne disputera que 28 Grands Prix, de début 2008 à mi-2009, quand celui-ci est viré pour son manque de performance. L’Histoire se rappellera surtout de son accident volontaire à Singapour pour aider son coéquipier Fernando Alonso à s’imposer : bien qu’il ne soit qu’un pion dans la stratégie fallacieuse de Renault, le Brésilien gardera cet événement collé à la peau.

En remontant dans le temps, nous retrouvons également la famille Stuck. Hans, le père, n’a disputé que trois Grands Prix en F1, mais était l’un des meilleurs pilotes allemands entre les deux guerres, et a enchaîné les succès avant que le championnat de F1 ne prenne vie. Son fils, Hans Joachim, se contentera de piloter dans le peloton entre 1974 et 1979, avec deux podiums à son compteur (en 74 départs).

Aujourd’hui, comment ne pas parler du cas Schumacher ? Michael est l’une des deux plus grandes légendes de la discipline en termes de palmarès, avec ses sept couronnes mondiales décrochées entre 1994 et 2004. Son fils, Mick, a rejoint la F1 l’an dernier. Au volant d’une Haas capricieuse en 2021, le démarrage est compliqué cette saison, dans une voiture plus performante. N’enterrons pas l’Allemand dès maintenant : sa carrière est encore longue et son heure viendra. Mais difficile de lui imaginer le même palmarès que son père…

Jos Verstappen et son fils Max après le titre de ce dernier, au Grand Prix d'Abou Dhabi 2021.
Chez les Verstappen, le fils a très largement dépassé le père (©Red Bull)

Finalement, il existe une famille où le fils a fait beaucoup mieux que le père, et le premier est également un pilote actuel : celle des Verstappen. Au départ de plus de 100 Grands Prix, Jos a eu quelques bonnes voitures entre les mains, mais n’a jamais fait mieux que le podium (à deux reprises). Ses moments marquants restent l’incendie de sa monoplace au Grand Prix d’Allemagne 1994, et le crash dans le leader de la course Juan Pablo Montoya au Brésil, en 2001. Mais faut-il encore présenter son fils ? Max est l’un de ces talents précoces, vainqueur à ses 18 ans et Champion du monde à 24. Une famille rare où le fils dépasse le père.

Des familles oubliées de par leur palmarès

D’autres familles ont bien vu le père et le fils courir en F1, mais la palmarès n’a pas suivi. Le nom Fittipaldi restera légendaire dans l’Histoire de la catégorie reine, mais grâce à Emerson, auréolé de deux titres en 1972 et 1974. Ses enfants ne courront pas en F1. Cependant, son frère Wilson (trois points en 35 départs) a vu son fils, Christian, avoir également une carrière difficile (12 points et 17 abandons en 40 départs).

Sur la grille actuelle, Kevin Magnussen suit également les traces de son père, Jan, même s’il se débrouille mieux. Ce dernier n’a décroché qu’un seul point sur ses 25 Grands Prix disputés entre 1995 et 1998, tandis que Kevin redonne des couleurs à Haas avec des résultats très satisfaisants. Son meilleur fait d’arme reste son podium pour son tout premier Grand Prix, à Melbourne, en 2014.

Jan et Kevin Magnussen ont disputé ensemble les 24 Heures du Mans 2021 en LMP2 avec High Class Racing.
Jan et Kevin Magnussen ont disputé les 24 Heures du Mans 2021 dans le même équipage ! (©High Class Racing)

Trois autres familles s’ajoutent à la liste des duos père – fils aux palmarès très discrets : les Nakajima, les Palmer et les Pilette. Ces derniers, d’origine belge, connaîtront le succès en-dehors de la F1, des années 1940 à 1980.

Quel sera le prochain fils à rejoindre son père ?

Les noms mentionnés ci-dessus tiennent compte des familles présentes entre 1950 et 2022. Mais quelle sera la prochaine à voir un fils arriver en F1 ? Fut un temps où le nom de Barrichello faisait surface. Rubens, numéro deux le plus célèbre de la discipline, voyait son fils Eduardo démarrer sa carrière en monoplace aux États-Unis, et en terminant notamment vice-Champion de F2000 américaine en 2020. Mais le jeune Brésilien a du mal en Europe, avec quatre arrivées au-delà de la 17e place cette saison en FREC (Formula Renault European Championship).

Dans la même catégorie (mais plus prometteur) se trouve Sebastián Montoya. Le fils de Juan Pablo, multiple vainqueur en F1 et l’un des plus gros regrets de sa génération, a terminé quatrième de F4 italienne en 2021, et est actuellement neuvième de FREC avec trois arrivées dans les points. Le Colombien doit passer un palier pour prouver qu’il a le niveau, mais patience : il n’est âgé que de 17 ans.

Dans la catégorie au-dessus, en F3 FIA, un autre nom connu répond présent : Enzo Trulli, fils du vainqueur du Grand Prix de Monaco 2004 Jarno. Vainqueur du championnat de F4 UAE en 2021, le jeune Italien de 17 ans a du mal à se faire à sa nouvelle classe : il est actuellement 32e, soit la dernière place pour un pilote titulaire. Pas de panique : le fils de Jarno est encore très jeune, mais des points devront être empochés rapidement pour impressionner.

Et si, au final, le prochain fils était… une fille ? Sous les lumières d’un battage médiatique impressionnant (et probablement top important pour son âge), la jeune Juju Noda, fille de Hideki (trois Grands Prix en F1 en 1994, pour trois abandons) est actuellement engagée en W Series. Soutenue par son père (qui gère sa carrière), la Japonaise sait se montrer impressionnante sur un tour lancé, mais connaît des difficultés lorsqu’il s’agit de se battre en course. Après des débuts en fanfare dans son pays, sa carrière en Europe a calmé les ardeurs. Mais n’oublions pas une chose : Juju n’a que 16 ans. La route vers la F1 est encore (très) longue, mais la pilote est loin d’avoir atteint tout son potentiel.

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